AfricaRice News release

Les variétés de riz africain en voie de disparition gagnent le statut d’élite dans la quête pour la sécurité alimentaire en Afrique

De nouveaux résultats soulignent la promesse du riz africain génétiquement divers pour booster la production et l’adapter au changement climatique

21 mai 2010, Cotonou, Benin — Dans le cadre d’un effort redoublé visant à conjurer les crises alimentaires futures en portant la production africaine de riz au même niveau que sa consommation galopante, les chercheurs ont annoncé un changement de paradigme dans la recherche rizicole de la région, ce qui donnera un statut d’élite aux variétés indigènes. Longtemps considéré comme un cousin pauvre du riz asiatique cultivé dans le monde entier, le riz africain retiendra l’attention d’une initiative scientifique majeure visant à crever le plafond des rendements dans les champs paysans.

Les nouveaux résultats rapportés aujourd’hui par le Centre du riz pour l’Afrique (AfricaRice) basé au Bénin et supporté par le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale(GCRAI), vont à l’encontre de l’idée généralement admise selon laquelle le riz africain, préféré des consommateurs locaux à cause de son goût, a naturellement un rendement plus faible que le riz asiatique. En plus, ils confirment sa remarquable adaptabilité aux environnements de production difficiles en Afrique, d’où son utilité dans le développement de variétés améliorées adaptées au changement climatique.

En Afrique, la consommation de riz croît plus vite que celle de toute autre aliment de base. Rien qu’en Afrique de l’Ouest, elle s’est accrue à un taux annuel de 4,5 pourcent de 1961 à 2006, faisant du riz la principale source d’énergie alimentaire de la sous région, et la troisième en Afrique subsaharienne. Mais, pendant la même période, la croissance de la production a été plus lente, créant un déficit entre l’offre et la demande de riz. Cela a mis sur le dos des gouvernements africains de grosses factures d’importation estimées à 3,6 milliards de dollars américains en 2008.

Le riz africain, connu scientifiquement sous le nom de Oryza glaberrima, a été domestiqué il y a environ 3500 ans en Afrique de l’Ouest, où il a prospéré pendant des siècles. Mais à ce jour, il n’est cultivé que dans des poches éparpillées, à deux doigts de l’extinction. La plupart des riziculteurs africains ont abandonné leurs variétés traditionnelles au profit du riz asiatique (O. sativa) au rendement plus élevé, qui a été introduit dans le continent à travers le commerce européen avec l’Asie via l’Afrique il y a environ 450 ans.

« Le riz africain était initialement ignoré par la recherche courante, » a expliqué Dr Koichi Futakuchi, écophysiologiste à AfricaRice. « Plus tard, lorsque les chercheurs ont réalisé qu’il avait des caractéristiques très utiles, ils ont commencé à l’utiliser comme source pour les caractères recherchés en vue d’améliorer le riz asiatique à haut rendement. Mais maintenant, pour la première fois, nous inversons le flux génétique, en extrayant les caractères recherchés du riz asiatique et en les transférant dans le riz africain. »

Dans les années 1990, les chercheurs d’AfricaRice ont fait le croisement des deux espèces de riz en vue de développer des variétés qui combinent l’adaptabilité de O. glaberrima aux conditions locales de production du riz et les caractéristiques de haut rendement de O. sativa. Le résultat a été le Nouveau riz pour l’Afrique ou NERICA. Plus de 80 variétés de NERICA ont été développées pour les écologies pluviales et adoptées par les paysans dans une vingtaine de pays africains, et la demande de semences de NERICA est très forte dans toute la région.

La robustesse de O. glaberrima résulte de sa forte capacité à concurrencer les adventices et à résister aux ravageurs et maladies du riz, aux fluctuations du niveau d’eau, aux sols infertiles (notamment les niveaux de toxicité ferreuse), au climat rude et même à la négligence humaine. Par exemple, une seule variété comme CG14, qui a été le parent O.glaberrima du premier groupe de variétés de NERICA, est résistante aux multiples contraintes. “Cela fait qu’il est très recherché pour les paysans pauvres. Mais, puisqu’une telle résistance est contrôlée par beaucoup de gènes, il sera difficile de les transférer tous à O. sativa,” a dit Dr. Futakuchi.

AfricaRice s’est lancé récemment dans un programme ambitieux d’amélioration de O. glaberrima, qui mettra à la disposition des paysans des variétés bien armées contre les multiples contraintes en Afrique et ayant un potentiel de rendement acceptable dans les environnements pluvieux. Un objectif majeur de la nouvelle recherche est de surmonter deux grands défauts responsables des faibles rendements de O. glaberrima : la verse (une tendance pour les plantes à se coucher lorsque les grains sont mûrs) et l’égrainage (chute des grains mûrs lorsque la culture arrive à maturité).

« Le riz africain a généralement un rendement plus élevé que le riz asiatique dans des environnements difficiles sous forte pression des ravageurs et autres stress. Mais si on arrivait à résoudre le problème de l’égrainage et de la verse, il pourrait aussi atteindre un rendement acceptable de 5 à 6 tonnes par hectare dans les environnements pluvieux plus propices, » a expliqué Dr Futakuchi. Pour rendre le riz africain commercialement plus viable, AfricaRice tente d’améliorer aussi la qualité de ses grains.

Selon Dr Sémon Mandé, chercheur à AfricaRice, la percée du NERICA a donné aux chercheurs une nouvelle opportunité de révéler le trésor des gènes de O. glaberrima. « Mais la grande partie de son trésor de diversité génétique est encore non exploitée, » a-t-il déclaré. « Les variétés  NERICA n’ont été développées qu’à partir d’une poignée de parents de O. glaberrima. Cependant, nous avons à notre disposition environ 2500 échantillons de O. glaberrima qui sont préservées dans la banque de gènes d’AfricaRice.”

Utilisant une nouvelle stratégie, Dr Mandé a développé des types de plants O. glaberrima qui sont courts, sont moins enclins à la verse et ne s’égrainent pas. Ces variétés prometteuses ayant un potentiel de rendement acceptable sont en cours d’évaluation dans les champs paysans en partenariat avec les programmes nationaux, en utilisant des approches participatives.

Le travail sur O. glaberrima fait partie de l’ensemble de la stratégie d’AfricaRice visant à développer une gamme de variétés de riz adaptées aux différentes écologies africaines à travers des projets de collaboration avec l’Institut international de recherche sur le riz (IRRI) et d’autres partenaires en utilisant les outils conventionnels et les outils scientifiques avancés. Pour faciliter ce travail, un nouveau groupe d’action sélection pour l’Afrique sous la coordination de Dr. Moussa Sié, chercheur à AfricaRice, a été lancé récemment.

« Puisque l’Afrique dépend des importations pour satisfaire 40 pourcent de sa demande de riz, il urge de développer des variétés de riz plus productives et plus tolérantes aux stress. Les récentes crises alimentaires qui ont frappé de plein fouet les pays africains, ont souligné la nécessité de nouveaux efforts courageux pour booster la production du riz local par l’amélioration du riz asiatique et du riz africain, » a déclaré Dr. Papa Abdoulaye Seck, Directeur général d’AfricaRice.

About AfricaRice

AfricaRice is a CGIAR Research Center – part of a global research partnership for a food-secure future. It is also an intergovernmental association of African member countries.

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