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Potentialités du Nigeria dans le secteur rizicole : l’ADRAO et la place du riz au Nigeria

Bouaké, Côte d’Ivoire — La recherche de nourriture – particulièrement le riz – est un lutte désespérée pour les 240 millions d’habitants d’Afrique de l’Ouest – un habitant du continent sur trois – et la moitié de cette population vit au Nigeria. Environ 20 millions des habitants de la région – la plus pauvre du monde – sont des riziculteurs et leur majorité sont des femmes.

L’Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest, établie en 1970 sous forme d’association autonome intergouvernementale, comprend actuellement 17 pays dont le Nigeria. L’ADRAO est aussi l’un des 16 Centres internationaux du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) soutenu par plus de 50 donateurs, dont 25 pays à travers le monde. Le Nigeria est l’un des pays soutenant le GCRAI.

Le siège et le centre principal de l’ADRAO sont situés à M’bé, à 25 km au Nord de Bouaké, en Côte-d’Ivoire. L’Association dispose de stations régionales de recherche à St-Louis, Sénégal et à Ibadan, Nigeria et d’activités continues de recherche dans tous les 17 pays membres.

Il y a trente ans, l’agriculture était le pilier économique du Nigeria, contribuant pour 70 % au produit intérieur brut. Dans les années 90, la contribution de l’agriculture a chuté de 30 %. Au cours de la même période, le riz a évolué du statut de nourriture de luxe à celui d’aliment de base et sa demande a augmenté de 6 % par an. Le Nigeria qui était autosuffisant en riz dans les années 60, est devenu importateur au seuil de 1 million de tonnes en 1999, au coût faramineux d’un ½ million de dollars américains.

Pendant ce temps, les rendements en riz sont faibles et décroissent au Nigeria, et ceci dans toutes les écologies aussi bien les bas-fonds irrigués et pluviaux que les plateaux ainsi que les écologies de mangrove et d’eau profonde. Les diminutions de rendement sont imputées aux coûts de production de plus en plus élevés et au manque d’engrais qui étaient utilisés même dans les écologies de riz pluvial. Entre temps, les infrastructures d’irrigation ne sont pas entretenues et même les investissements récents des années 70 et 80 tournent au ralenti.

Une première tentative d’amélioration de la production rizicole du pays s’est avérée sans succès. Elle était basée sur l’importation de la « révolution verte » asiatique, mais les riz de cette révolution (principalement la variété IR8) n’étaient adaptés qu’à des systèmes à haut niveau d’intrants (des engrais en particulier) et une bonne maîtrise de l’eau d’irrigation – ce qui n’était pas le cas dans les champs paysans d’Afrique de l’Ouest.

Au début des années 90, l’ADRAO s’est rendu compte que la région avait besoin de technologies locales pour résoudre les problèmes locaux. Le succès de cette initiative a été clairement reconnu en, 1999-2000, par une revue externe de l’ADRAO qui notait : « L’ADRAO est à une croisée des chemins où une percée scientifique peut générer de grandes augmentations de rendement… où les riziculteurs sans ressources sont laissés pour compte par le développement technologique. Une différence fondamentale est que l’ADRAO, maintenant, développe des technologies adaptées au milieu africain, sans que le milieu ne soit modifié pour s’adapter à la technologie.

Le porte-drapeau de ces technologies est le Nouveau riz pour l’Afrique développé à partir de croisements entre le riz local africain (oriza glaberrima) et le riz introduit asiatique (oriza sativa) – Le riz africain a été cultivé dans la région pendant plus de 3500 ans. Il est adapté à l’environnement, mais son rendement est faible. Le riz asiatique a été introduit il y a moins de 500 ans. Il a des potentialités de rendement plus élevé mais c’est une proie facile pour les ravageurs locaux. Les NERICA combinent le meilleur de ces deux espèces au sein d’une seule plante : haut rendement ; croissance initiale vigoureuse, aidant à étouffer les adventices : cycle de croissance court, réduisant le temps de travail requis pour la culture ; haute teneur en protéines ; résistance aux maladies et ravageurs africains ; tolérance à la sécheresse.

Les NERICA ont largement été utilisées en Guinée où depuis 1997, le Gouvernement, la recherche vulgarisation nationale, une ONG et bien d’autres ont élaboré un programme en vue de redynamiser le secteur riz pluvial. Le programme avait un appui politique pour la mise en place d’un environnement politique approprié et impliquait la participation active des paysans dans la sélection de variétés appropriées et la production de semences. Avant le conflit armé en 2001, il était projeté que la Guinée serait autosuffisante en riz cette année. En utilisant les NERICA, les paysans guinéens ont une production brute de 65 dollars américains par hectare avec un niveau minimal d’intrants et 145 dollars à un niveau modéré d’intrants.

Si cela est possible avec les NERICA en Guinée, pourquoi pas au Nigeria ?

Le Nigeria compte pour plus de la moitié de la production rizicole d’Afrique de l’Ouest – environ 1,5 million d’hectares comparativement à 0,5 million pour la Guinée. Plus de 75 % des surfaces rizicoles du Nigeria sont exploitées en riz pluvial (plateau et bas fonds) comparativement à 88 % en Guinée. Les potentialités de production immédiate de NERICA au Nigeria sont d’environ 500.000 ha comparativement à 258.000 ha en Guinée.

En mars 2002, l’ADRAO et ses partenaires des programmes nationaux des pays membres ont procédé au lancement de l’Initiative africaine sur le riz (ARI). L’ARI est une initiative visant à intensifier la production des NERICA à travers toute l’Afrique sub-saharienne. Elle fait aussi la promotion de technologies complémentaires visant à améliorer la fertilité du sol et alléger les autres problèmes liés à la production rizicole. Initialement, l’ARI met l’accent sur le riz pluvial pour lequel les premières NERICA ont été mises au point et sept pays pilotes dont le Nigeria.

L’ADRAO est active au Nigeria dans les domaines de sélection variétale participative, l’amorce de la germination, le test des sols, la formation, le développement des bas-fonds, la sélection de riz de bas-fonds, l’entomologie, le développement de technologies avec la participation des paysans et l’appui aux politiques. Toutes ces activités impliquent une gamme d’acteurs de la recherche-vulgarisation nationale, des paysans, des ONG et des Universités. Le Nigeria a récemment homologué deux variétés de bas-fonds promues par l’ADRAO – l’une (Cisadane, FARO 51) pour sa tolérance à la cécydomye africaine dévastatrice pour le riz et l’autre (WITA 4 ou FARO 52) pour sa tolérance à la toxicité ferreuse.

A travers l’ARI, les NERICA seront promues et disséminées à travers la sélection variétale participative par laquelle les paysans choisissent les variétés qui conviennent à leurs préférences au sein d’une gamme de matériels mis à disposition par la recherche et la vulgarisation. L’initiative va aussi promouvoir la production communautaire des semences qui s’avéreraient populaires chez les paysans. Le CBSS permet aux paysans de produire des semences de riz de «qualité acceptable » pour eux-mêmes et leurs communautés au lieu d’attendre d’hypothétiques semences certifiées officielles.

Entre-temps, une étude de l’ADRAO sur le secteur rizicole au Nigeria doit fournir en 2003, une proposition de stratégie pour le développement de ce secteur. Au cours de ces deux dernières décennies, la politique rizicole du Nigeria a été caractérisée par un incohérent balancement entre une politique commerciale tantôt ouverte et tantôt protectionniste. De tels changements annihilent la capacité des acteurs à développer de stratégies à long terme. Alors que la politique commerciale est perçue comme la seule option pour le développement du secteur rizicole, il y a eu un manque de politiques pour tirer avantage de la protection et améliorer le secteur domestique. En plus il est difficile de faire respecter l’interdiction d’importer, ce qui réduit son efficacité. Les questions-clés pour le secteur domestique sont la disponibilité d’intrants et de crédit, la transformation, la commercialisation et la gestion de la qualité.

Les paysans restent disposés à produire du riz, malgré le manque d’intrants c’est la culture la plus appropriée pour les bas-fonds prédisposés aux inondations (fadamas). Mais le riz local a mauvaise réputation sur le marché – situation qui doit être renversée à travers des mesures d’encouragement pour l’amélioration de la qualité et des campagnes de sensibilisation sur les efforts fournis pour améliorer la qualité du riz local.

Le Directeur général de l’ADRAO, Dr Kanayo F. Nwanze (lui-même de nationalité nigériane) a rencontré le Ministre fédéral S.E Malam Adamu Bellu et le Ministre d’Etat de l’agriculture et du développement rural, S.E. Dr Chris Agbobu, le 14 mai 2002. Ils ont discuté de tout cela et bien d’autres questions relatives à la riziculture. Dr Nwanze a aussi rencontré le Conseiller spécial du Président pour les questions de sécurité alimentaire, le 15 mai. Le 16 mai, Dr Nwanze a été invité à un petit déjeuner de travail avec le Président Olusegun Obasanjo en même temps qu’une importante délégation d’hommes d’affaires japonais en visite à l’invitation du Président en vue d’explorer les potentialités d’investissements dans le pays. Dr Nwanze a fait un exposé de 15 minutes sur l’ADRAO et les NERICA. Le Président et Dr Nwanze ont fait des commentaires sur la nature opportune de la coïncidence des visites d’autant plus que le Japon est le plus grand donateur de l’ADRAO. Le Président a aussi souligné son engagement personnel à voir les NERICA largement cultivés dans les champs paysans du Nigeria.

Dr Nwanze a été interviewé par deux grands journaux avant d’animer une conférence de presse devant un parterre de plus de 50 journalistes. Certains de ces évènements ont été couverts par les média nigérians et sur Internet.

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AfricaRice is a CGIAR Research Center – part of a global research partnership for a food-secure future. It is also an intergovernmental association of African member countries.

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